Ethique (et tac), suite et fin.

janvier 16, 2020 Aux Actes Conseil No comments exist

Décidément, l’actualité éthique est soutenue en ce moment. Et les réflexions juridiques qui émergent sont tout aussi passionnantes. Je vous conseille tout d’abord la lecture de cet article[1], qui interroge pertinemment le concept des valeurs en entreprise, puis ce thread [2] sur Twitter de Timothé Lefebvre concernant l’affaire du Slip Français[3].

L’éthique ? Une façon d’envisager le monde et les relations humaines en considérant l’autre comme une fin et non comme un moyen  (d’atteindre ses objectifs commerciaux, de briller – ou pas – en société, de livrer un scoop, etc. A vous de compléter la liste).

Ainsi, tendre vers cette éthique au quotidien, que ce soit lors de temps professionnels ou personnels, requiert une réflexion intime constante sur soi et son rapport au monde. Cette réflexion se base notamment sur notre expérience[4] et les valeurs avec lesquelles on souhaite être aligné.

Dans le cadre professionnel de la communication, des codes et des textes peuvent plus précisément aider à alimenter cette réflexion.

Au fondement du questionnement éthique en communication… les droits de l’Homme et du Citoyen.

La construction et la transmission d’un message médiatique relèvent d’enjeux cruciaux pour communiquer ou informer au mieux envers son audience, et plus largement auprès du grand-public. Les situations institutionnelles et économiques se complexifient, les citoyens-consommateurs sont davantage exigeants et renseignés, la  concurrence entre les acteurs est souvent rude, nous voyons émerger depuis plusieurs années une multiplicité des ressources pour s’informer et communiquer …

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » L’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen[5] peut donc être vu un principe fondateur de toute pensée autour de l’éthique en communication.

Liberté de penser et liberté de communiquer

Communiquer, ce droit fondamental reconnu à la personne humaine, est un corollaire de la liberté de penser. C’est la raison pour laquelle la libre expression des idées a pour conséquence nécessaire la liberté de communiquer avec autrui. Cette liberté peut s’exercer par le biais de multiples supports : écrit, parole, son, image animée ou non… et ne se réduit pas à la seule liberté d’information[6].

Avec la multiplication des médias, la notion de liberté de communication prend de plus en plus d’importance : débat autour d’internet et des réseaux sociaux, MSGU (média sociaux en gestion d’urgence) et rumeurs, …

De la déontologie en communication

Ce terme « déontologie » vient du grec « deontos » qui veut dire devoir.

Il est usité habituellement pour évoquer les obligations que des personnes sont tenues de respecter dans leur travail (pharmaciens, médecins, avocats par exemple).

Ces obligations partagées par un groupe reflètent les valeurs ou principes que ce groupe juge fondamentaux. Ils sont parfois actés dans des codes de déontologie, souvent fixés par les ordres professionnels : l’ordre des médecins ou des pharmaciens entre autres pour les plus connus.

Ces codes ont deux fonctions : protéger le public, et préserver la réputation des professionnel.le.s.

Pourquoi des codes de déontologie dans le milieu professionnel de la communication/ pour les communicant.e.s ?

Le monde de l’information-communication souffre d’un déficit de confiance et de crédibilité[7]. Que ce soit le journalisme, la publicité ou la communication, ces profesionnel.le.s sont régulièrement paré.e.s de nombreux défauts : recherche de sensationnalisme, influence, manipulation, ombre…

Finalement, la création et l’existence de codes peut être vue comme un gage de crédibilité et de sérieux.

Athènes, Lisbonne, Marseille…

Autant de villes qui prêtent désormais leur nom à des codes de déontologie pour les profesionnel.le.s de la communication.

Les codes de conduite, tels que le « Code de Lisbonne » et le « Code d’Athènes », régissent tous les aspects déontologiques de la profession.

Le code d’Athènes[8] pour les relations publiques est adopté en 1965 par l’International Public Relations Association (IPRA).

En effet, au début des années 1950, la question de d’amélioration des règles de conduite dans la pratique des relations publiques entraîne l’élaboration de codes de déontologie au sein des associations professionnelles. Tous les membres de l’International Public Relations Association doivent se conformer à ce code d’éthique international des praticiens de relations publiques.

Le code de Lisbonne est adopté lors de l’Assemblée Générale de la Confédération Européenne des Relations Publics à Lisbonne (d’où son nom…) en 1978. Il établit les critères et normes de qualification des professionnels des relations publiques, et édicte les obligations professionnelles de ces derniers.

Plus récemment en France, c’est du côté du SYNTEC RP, le syndicat du conseil en relations publics[9] qu’il faut porter le regard. Édité en 1988 et mis à jour en 2013, le code de déontologie du syndicat, propre au marché français, associe différents points des codes internationaux évoqués plus haut. Ce code s’impose à l’ensemble des adhérents du syndicat, parmi lesquels des agences telles qu’Havas, les Ateliers Corporate ou TBWA Corporate.

Idéaux et valeurs

Ce code définit tout d’abord les « relations publics » : « définir et mettre en œuvre tout ou partie de politique de communication ». Elles « contribuent à développer la visibilité d’une organisation, d’une entreprise ou d’une marque », dans « un climat de compréhension et de confiance mutuelles avec les parties prenantes directement ou indirectement concernées par son activité ».

Globalement, ces codes insistent notamment sur la professionnalisation de leurs membres : « connaître de manière approfondie les techniques, pratiques et méthodologie ».

Les valeurs de sincérité, de responsabilité et de loyauté sont considérées comme la base de la relation avec les parties prenantes, les clients ou le grand public, en tenant compte de l’intérêt public.

Les obligations professionnelles sont détaillées : le conseil en communication s’oblige au secret professionnel, veille à la prévention des conflits d’intérêt, lutte contre la désinformation, s’attache à la véracité des informations transmises…

La spécificité de la communication des institutions publiques

La charte de Marseille[10], charte de la communication publique, s’empare de la spécificité de ce secteur (la communication des institutions publiques) pour affirmer son attachement au service public et au lien particulier à l’usager.

Les communicant.e.s public.que.s, avec l’adoption de cette charte en 2002, veulent faire reconnaître leur mission de service public. Pédagogie, participation des usagers, débat public, transparence, autant de valeurs et de vocations dont s’inspirent au quotidien les actions de la communication publique.

L’association Cap Com par exemple, réseau des professionnel.le.s, élu.e.s, étudiant.e.s qui s’intéressent à la communication publique, organise régulièrement des temps de questionnement et de parole autour de ce thème, comme lors du Forum de Marseille en 2016. L’occasion pour les professionnels d’échanger sur leurs pratiques, leur questionnement, et la possibilité de « résoudre collectivement un questionnement individuel« .

Évoluant ainsi constamment, ces textes des codes de conduite sont des sources intéressantes à consulter dans le cadre d’une réflexion autour de l’éthique en communication, et pour nourrir son esprit critique.

Ils constituent donc des références de premier choix pour guider l’action des praticiens et répondre à leur souci de rigueur et de professionnalisme dans l’exercice de leurs responsabilités.

Pourquoi réfléchir à l’éthique en communication et suivre des principes déontologiques pour guider ses actions ?

Que ce soit dans le traitement ou la publication d’une information, la façon de promouvoir un produit, un service ou une personne, tout professionnel de la communication s’est posé ou aura à se poser la question du pourquoi et du comment communiquer, voire fera face aux pressions d’un comité de direction ou tout autre supérieur hiérarchique.

Être communicant, c’est tout d’abord connaître les techniques, les outils et les méthodes pour développer et promouvoir la visibilité d’une structure ou d’une personne. C’est aussi savoir quand, où et comment prendre la parole et faire passer un message pertinent, évaluer les retombées des actions de communication, fédérer autour du projet d’une organisation ou d’un.e élu.e. Les spécialités et les techniques sont diverses, aussi diverses que les formations et les personnes exerçant ce métier.

Le métier de communicant.e, c’est avant tout de savoir faire preuve de discernement, de pédagogie et de vision à long terme pour développer et protéger l’image des organisations, des entreprises, des marques ou des personnes que nous conseillons et accompagnons dans leur prise de parole et leur positionnement.

L’éthique semble être devenue une exigence contemporaine. Peut-être pouvons-nous la voir non comme une exigence, mais comme l’opportunité de faire encore mieux pour nos clients, pour leurs clients, et pour l’intérêt public ?

Illustrations: unsplash


[1] https://www.maddyness.com/2020/01/14/juridique-salarie-entreprise-valeurs/

[2] https://twitter.com/TimotheLefebvre/status/1213118494193201152

[3] https://www.liberation.fr/checknews/2020/01/08/peut-on-etre-sanctionne-ou-licencie-pour-des-faits-relevant-de-la-vie-privee-comme-dans-l-affaire-du_1771777

[4] Je mesure les implications philosophiques d’une telle affirmation. L’objet de cet article n’étant pas là, je vous invite à (re)lire Kant et Platon (par exemple) pour vous forger votre opinion J

[5] https://www.legifrance.gouv.fr/Droit-francais/Constitution/Declaration-des-Droits-de-l-Homme-et-du-Citoyen-de-1789

[6] Droit de la communication. Laurence FRANCESCHINI. Les Fondamentaux, 157 p. Hachette Supérieur.

[7] Cette tribune s’en fait l’écho : https://www.cbnews.fr/tribune/communiquer-n-est-pas-blanchir-reel-45462

[8] https://www.ipra.org/static/media/uploads/pdfs/ipra_code_of_athens.pdf

[9] https://www.relations-publics.org/

[10] http://www.cap-com.org/sites/default/files/field_file/charte-ethique-du-communicant-public-charte-de-marseille.pdf

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